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La frise de Lengronne

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La frise de Lengronne. Un coq
Localisation:
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Lengronne
Type d'article:
Les productions

En 2014, la direction du patrimoine et des musées du Conseil départemental de la Manche est alertée par Jacky Brionne, président de l'association de sauvegarde et de valorisation du patrimoine en Val de Sienne : une frise en céramique risque d’être détruite à l’occasion d’un ravalement de façade dans un village entre Avranches et Coutances (Manche). Devant l’intérêt patrimonial de cet ensemble, le service négocie avec les propriétaires et fait démonter par un restaurateur d’art les bandeaux de céramique enchâssés dans le ciment de la façade. 

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La frise sur la façade de la maison dans un enduit de ciment, avant démontage

 

Il s’agit très probablement d’un remploi car la maison d’habitation ne présente pas d’intérêt particulier. La description de ces bandeaux en avait été faite quelques années plus tôt, par Catherine Beck :

Le principal mesure 12 m de longueur et 0,20 m de hauteur. Il est constitué de plaques de dimensions extrêmement variables (allant de 0,50 à 1 m) et de couleur marron foncé. Il peut être divisé en trois parties, correspondant à trois types de décors :        

  • La partie gauche de 4,75 m est ornée de grosses grappes de raisin et de feuilles de vignes formant une guirlande continue.
  • La partie centrale, d’une longueur de 3,75 m comprend sept plaques organisées symétriquement de part et d’autre d’un motif central : aux deux extrémités deux lions à la crinière abondante, puis deux coqs dans un petit médaillon, deux personnages avec des ailes (des anges ?) encadrent un soleil entouré de denticules et de feuillages symbolisant des épis de blé.
  • La partie de droite occupant 3,50 m est constituée d’une inscription incisée dans le bandeau FAITE PARR RENE BARBOV LE TROIS(I)ME AOUS 1743. Au bout de l’inscription deux petites plaques représentent un cœur entouré de feuillages et d’épis de blé.
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Grappes de raisin.
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Soleil et épis de blé de la partie centrale

 

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Lion de la partie centrale

 

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René Barbou / Frise de Lengronne

 

Au-dessus de ce grand bandeau, la façade présente quatre carreaux liés deux à deux figurant les saisons. L’hiver : un personnage assis sur une chaise au haut dossier devant le feu. Le printemps : un personnage tient une gerbe de fleurs dans chaque main. L’été : un paysan moissonne à la faucille à côté d’une gerbe de blé. L’automne : un personnage de profil tient une coupe dans la main et s’appuie sur un tonneau.

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Eté et automne / Frise de Lengronne

D’après l’article « La ferme de la Vachoterie à Lengronne » de Jacky Brionne, 

La voix du patrimoine de Sienne, n° 86 octobre 2014

 

Depuis, le bandeau a rejoint les réserves du Musée de la poterie normande à Ger et un échantillon a été confié au service d’archéométrie-céramologie du CRAHAM à l’université de Caen. 

Sa responsable Anne Bocquet -Liénard vient de transmettre son rapport d’analyse :

« La pâte du fragment de la frise décorative de la ferme de la Vachoterie a été analysée par ICP-AES… Nous avons comparé avec quelques poteries médiévales d’Avranches, mais nous sommes en présence d’une toute autre pâte utilisée pour la frise décorative. Cependant, grâce au référentiel des matières premières, .… nous avons pu identifier un type d’argile qui pourrait  avoir été utilisé pour le façonnage de ce carreau décoratif. Des prélèvements à la tarière ont été réalisés à 300 m au nord-est du bois du Molay (Calvados) dans l’ancienne carrière d’argile du Trias, datant probablement de la période médiévale …. Il semblerait bien que la frise ait pu être façonnée avec ce type de matière première …. Cela ne veut pas dire que la frise provient des ateliers du Molay, situé à proximité, mais qu’une argile du Trias dont les affleurements sont très nombreux a pu être utilisée pour le façonnage de cette frise décorative. »

Un indice supplémentaire permettant d’orienter les recherches historiques qui sont à effectuer sur l’origine de cette pièce d’exception ! Quel historien veut s'intéresser à René Barbou ? 

François Toumit / AAPG

 

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Un élément du bandeau démonté par le restaurateur avant transfert au Musée de la poterie normande

 

Si vous  souhaitez commenter ou compléter cette publication, n'hésitez pas à en faire part en bas de cette page. Ce site internet est collaboratif : il deviendra ce que tous les acteurs du patrimoine normand - collectionneurs, musée, historiens, archéologues, associations, etc. - souhaiteront en faire !

 

Adresse

La Vachoterie
50450 LENGRONNE
France

48.942017839536, -1.3918291523985

Commentaires

Soumis par pascal achim activé lun 11/03/2019 - 19:36

Très intéressant article sur une production que je ne connaissais pas !

Soumis par francois.toumit activé mer 13/03/2019 - 11:50

En réponse à par pascal achim

Une étude précise serait à réaliser sur cette pièce d'exception. Ayant failli disparaître, elle est heureusement désormais dans une collection publique.

Soumis par Stéphane Phili… (non vérifié) activé lun 02/12/2019 - 23:25

Il serait intéressant de comparer l argile de ce bandeau avec les fragments de tuile dans les murs de ma grange à dîme médiévale situé à 1 km du site

Soumis par francois.toumit activé lun 02/12/2019 - 23:52

En réponse à par Stéphane Phili… (non vérifié)

Merci pour cette piste.
Nous avons fait analyser un échantillon de cette frise par le laboratoire de céramologie du CRAHAM à l'université de Caen. Ce travail a donné une piste quant à l'origine de la terre :
"...nous avons pu identifier un type d’argile qui pourrait avoir été utilisé pour le façonnage de ce carreau décoratif. Des prélèvements à la tarière ont été réalisées à 300m au nord-ouest du bois du Molay, en bordure de la grande mare dans l’ancienne carrière d’argile du Trias, datant probablement de la période médiévale. Ces argiles sont datées du Trias, elles se présentent en niveau décimétrique de sable et d’argiles bariolées. Une étude croisée, lame mince et chimie ont été réalisées sur plusieurs échantillons provenant de cette commune du Molay. Il semblerait bien que la frise ait pu être façonnée avec ce type de matière première, une argile du Trias semblable à l’échantillon 644.3. Cela ne veut pas dire que la frise provient des ateliers du Molay, situé à proximité, mais qu’une argile du Trias dont les affleurements sont très nombreux a pu être utilisées pour le façonnage de cette frise décorative."

Pour la terre de vos tuiles médiévales, les tuiliers devaient très probablement se servir d'une argile très locale afin d'éviter un transport compliqué et onéreux. Avez-vous des éléments sur ce sujet ? 
Autre élément de réflexion : la frise qui a été sauvée sur  une maison de Lengronne était probablement du remploi. 

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